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    Le Byeri ou Byer

    Le Byeri ou Byer est une société secrète et initiatique masculine pratiquée par les FangsBeti et Boulou. C’était assurément l’initiation la plus indispensable et la plus importante pour un jeune Fang-Beti-Bulu. Les peuples Kota connaissent un culte comparable à celui du byeri des Fang, associant une figure anthropomorphe à un panier reliquaire.

    Le Byeri désigne à la fois des reliques d’ancêtres que chaque famille détenait dans un coffret, une statuette en bois d’environ 25 à 50 centimètres, un rituel et la plante Alan (Melan). Selon Samuel Galley, le byeri c’est le « crâne d’ancêtre fétiche, ou morceau de crâne humain dans une boîte en écorces (nsekh ô byeri). Il y en a plusieurs dans la boîte, et celle-ci est souvent surmontée d’une statuette. Cela représente une divinité. Le Fañ honore le Byeri, il lui fait des offrandes, l’enduit de ba (poudre de bois rouge), de sang ; il lui offre de la nourriture, puis la mange lui-même. Byeri ô ne va, signifie « il y a ici un Byeri ». Le Byeri est jugé capable de favoriser la chasse et la pêche, de rendre les femmes fécondes, de donner beaucoup de richesses »2.

    Au-delà du caractère ethnocentriste de cette définition, elle a l’utilité de restituer l’essentiel de ce qui compose le Byeri. En réalité le Byeri n’était pas une divinité au sens occidental du terme mais une connexion directe avec les ancêtres. Ces rites ont été maladroitement qualifiés de paganisme par ignorance profonde des croyances africaines. Ce qu’il convient de dire c’est qu’il s’agit d’un culte familial. De nos jours cette initiation est de plus en plus discrète et secrète, car durant la colonisation ce culte, comme la totalité des cultes africains, a été violemment combattu par les missions occidentales. Accusés à tort de paganisme et de satanisme par les occidentaux qui ignoraient totalement ce que c’était, le Byeri comme d’autres cultes a dû résister pour survivre. Aujourd’hui, par la prise de conscience et en dépit des virulentes attaques des églises chrétiennes, le Byeri connaît une véritable renaissance.

    À la différence du rite, la statuaire du Byeri est très connue des marchés d’art et des musées occidentaux. En effet, les reliquaires Byeri ont acquis une très solide réputation. Ces statuaires sont très prisées par les collectionneurs, les ethnologues et les musées. Les ventes et les expositions de ces objets continue de drainer du beau monde. À plusieurs reprises d’ailleurs les reliquaires Byeri comme les masques Ngil connaissent des prix record sur le marché de l’art africain.

    En juin 1990, un reliquaire Byeri de la région de Chinchoua (près de la Pointe Denis dans la province de l’Estuaire du Gabon) avait été vendu à 2,5 millions de Francs français. Depuis lors, les prix des Byeri continuent de s’envoler. Comme en 2001 et 2006, la vente d’un reliquaire Byeri a atteint le million d’euro en 2001 avec la belle vente aux enchères de 2,5 millions d’euros pour une extraordinaire figure de reliquaire byeri Fang Mvaï du Gabon7. Cette bonne santé des reliquaires de Byeri témoigne de la curiosité que continuent de susciter cette « laideur pahouine »8.

    Ce succès est probablement dû aux techniques de sculptures de ces belles patines parfois suintantes. Le peuple Fang-Beti-Bulu « a transcrit dans le bois l’une des plus raffinées sculptures funéraires que l’humanité ait créées. Hiératiques et figés pour l’éternité, balançant entre délicatesse et sévérité, les gardiens-reliquaires appartenant au culte du Byéri séduisent par leur classicisme et l’harmonie de leurs proportions. Ce sont incontestablement de grands sculpteurs qui ont taillé dans le bois ces figures luisant encore sous leur belle patine. Le front haut et bombé, le regard hypnotique souligné par de lumineuses rondelles de laiton, ces noirs messagers sont à mi-chemin entre le monde des morts et celui des vivants : ni vieux, ni jeunes, ni présents, ni absents »9. Cette technique sculpturale a été examiné avec précision par l’ethnologue français Louis Perrois durant plus d’une cinquantaine d’années dans de nombreuses publications scientifiques10 ainsi que par des contributions sur les catalogues consacrés à l’art Fang (http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers09-06/05942.pdf [archive]).

    Aujourd’hui, l’art africain en général soulève de nombreuses questions dont les plus épineuses restent celles du retour et des modalités d’acquisitions de ces objets. Acquis pour la plupart dans des conditions douteuses par des explorateurs, des marins, des administrateurs coloniaux, des missionnaires et des ethnologues occidentaux, les reliquaires, masques, statuettes et autres objets africains continuent d’alimenter la polémique quant au remboursement ou au versement de devises aux pays africains qui ont été pillés.